Épique édition au pays des succulentes

Couverture Lithops 

 Que cette édition française fut longue à voir le jour ! Elle fut en réalité commencée et en grande partie réalisée en 2002, il y a près de huit ans.

Patience, sainteté et longueur de temps

 À cette époque, séduit par le style de Steven Hammer et enthousiasmé d’avoir trouvé en Lithops, Treasures of the veld un livre de cette qualité sur un sujet qui me passionnait mais que par la force des choses j’avais dû explorer moi-même en culture, je demandai à son auteur et à l’éditeur, la British Cactus and Succulent Society, l’autorisation de le traduire, convaincu qu’un livre aussi original et intéressant trouverait preneur. S. Hammer accorda volontiers sa bénédiction et la BCSS m’offrit même de céder gracieusement ses droits, afin d’aider le projet. Il n’en fallut pas plus pour que je commence à traduire.

 Un des éditeurs français contactés se montra intéressé. Sa directrice de collection donna son feu vert et… les choses traînèrent sur un an, s'effilochèrent douteusement, pour en arriver à la conclusion que l'édition ne se ferait pas. Pendant ce laps de temps, j'avais en dépit de tout achevé consciencieusement cette traduction. Affaire classée et enterrement confidentiel dans mon tiroir ? Les années passèrent. Je tirai bien de temps à autre mon serpent de mer de son hibernation, mais sans trouver un écho auprès d’un éditeur.

 Jusqu’au jour où Jean Arbeille, arrivant à la tête des éditions Quae, me recontacte de lui-même, suite à mes démarchages infructueux auprès de sa maison d’édition passée. Qu’avais-je à proposer à court terme ? J’exposai quelques projets ; et en bouquet final, j’exhumai la traduction de Lithops, qui elle était quasi prête à produire. Et ce fut elle qui retint le plus l’attention.

 Avec ce départ plutôt inespéré, je repris contact avec tous les acteurs étrangers de l’ouvrage. Steven Hammer s’amusa d’être tombé quelques jours auparavant dans ses papiers sur une carte que je lui avais envoyée il y a longtemps. Quant à la BCSS, elle cédait toujours gracieusement ses droits mais… entre-temps l’éditeur et imprimeur sous-traité avait déposé le bilan et avait disparu à l’étranger ! Cela signifiait en pratique que tous les fichiers du livre (images comprises) n’existaient plus. Si l’indisponibilité des fichiers textes originaux était une chose, celle des 200 et quelques images était catastrophique, d’autant plus que les photos originales étaient des tirages argentiques et que leurs auteurs n’en possédaient pas la version numérisée.

Trafics France-USA-(Bulgarie)-Ukraine-Angleterre

 S. Hammer suggéra alors de contacter Nata Ellis, la traductrice ukrainienne de la version russe de nos Treasures subitement bien cachés : peut-être avait-elle conservé les fichiers transmis alors par l’éditeur britannique. La chance était de notre côté : c’était le cas ! L’ensemble des fichiers me furent transférés pendant que j’interrogeais S. Hammer sur tous les points susceptibles de compléments et d’actualisation depuis l’édition de 1999 (sans compter le propre travail d’actualisation de Jonathan Clark sur sa clé botanique). Touches après touches, la version révisée et augmentée prenait forme. Le britannique Andrew Young, de visite au Sphaeroid Institute, se chargea même de compléter gracieusement l’iconographie sur le même standard d’excellence qu’avait institué Chris Barnhill, en photographiant les floraisons du moment et les nouveaux cultivars.

 Enthousiasmé par cette formidable entraide internationale, je rassemblai le tout. Mais à quelques jours de la date d’envoi des fichiers à Quae, je me rendis compte qu’une vingtaine de fichiers images étaient corrompus. Je recontactai en urgence Nata Ellis. Malheureusement, elle se trouvait en Bulgarie et ne pouvait me les renvoyer. En revanche, elle pouvait essayer de demander à Alexandre, un ami qui avait les clés de chez elle : il fallait « simplement » qu’il parvienne à mettre la main sur les fichiers en question et que la capricieuse connexion Internet fonctionne ce jour-là… Alexandre fut donc envoyé en mission deux heures plus tard, trouva les fichiers et me les envoya un par un, tandis que je confirmai au fur et à mesure leur réception. Mon interlocuteur improvisé s’essaya même – comble de délicatesse – à quelques mots de français. La ligne tint bon jusqu’au bout et je pus remercier chaleureusement Alexandre de son aide de dernière minute.

Les Treasures de Hammer éclairés par l’« élégance française »

 Les mois qui s’ensuivirent furent le quotidien de ce genre de travail d’édition : corrections sur les texte, les maquettes, corrections encore et encore, amplifiée par la typographie très codée d’un texte de botanique. Mais cette routine fut animée par les échanges particulièrement intéressants que j’eus avec Corinne Thonnat autour de ces corrections (en particulier sur la délicate transfusion de la fantaisie métaphorique de S. Hammer dans un cadre scientifique plutôt bousculé dans son ton habituel) et la précieuse exigence de qualité sur le fond comme la forme montrée par Quae, en la personne d’Anne-Lise Prodel. Car l’une de mes fiertés est bien d’avoir obtenu (sans difficulté) que cette édition française se dote d’une mise en page complètement différente de l’originale afin de vraiment mettre en valeur la qualité de son illustration. Avec le travail de la graphiste Gwendolin Butter, le résultat fut à cette hauteur-là, d’une « élégance toute française » selon les termes de Steven Hammer à la vue des premières maquettes.

 Mais nouveau rebondissement : la BCSS avait finalement retrouvé les fichiers d'édition dans ce qu'avait laissé derrière lui l'éditeur anglais en fuite. Face à cette nouvelle donne, elle avait décidé de ressortir l'ouvrage elle aussi, dans une seconde édition intégrant les actualisations générées par l'édition française et une partie des nouvelles photos. Ne modifiant quasiment pas sa mise en page d'origine, elle pouvait l'annoncer pour la mi-octobre.

 L'édition française, subissant d'autres contraintes, devait attendre elle un mois de plus, mais elle tenait sa différence esthétique, que reconnaissait sans difficulté la BCSS, qui elle aussi avait pris connaissance des premières maquettes.  Et Steven Hammer de dire, à la vue de la couleur de couverture, que nous tenions là notre « perle noire ».

 

Mickaël Legrand, octobre 2010

 

Découvrir le Sommaire de Lithops, Joyaux du veld (avec quelques exemples de sa présentation)