Conophytum depressum (ou la Grande Dépression ?)
Steven Hammer (1994)

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Conophytum depressum subsp. depressum R&Y1806 (Rooiwal, habitat)

 

 Lors de ma visite aux Smale en septembre, Terry reçut un appel téléphonique amusant. Son interlocuteur – dont j’ignorais l’identité – avait une lamentation bien inhabituelle : il se retrouvait avec trop de plants de Conophytum depressum et C. angelicae, et se demandait ce qu’il allait bien pouvoir faire de cette profusion encombrante. Pourquoi pas ? Il m’est arrivé de connaître quelques personnes qui étaient trop belles, une qui était trop riche et plusieurs qui avaient trop de soupirants ou de talents ; mais ce souci candide me laissa quand même surpris.

 Il faut dire que je ne compte plus le nombre de personnes qui se plaignent de C. depressum auprès de moi. On me dit qu’il ne germe pas, ou que seuls quelques uns émergent avant de se décomposer passés quelques jours. Étant donné que je possède des centaines de plants obtenus par semis, originaires d’une demi-douzaine de localités (que ce soit sous ses formes annuelles ou vivaces), j’ai pensé que je pourrais expliquer comment je m’y prends précisément. C’est avec des méthodes assez similaires – quoique plus fiables et scientifiques – que Frank Distefano rencontre lui aussi le succès avec cette espèce, et c’était apparemment aussi le cas de l’interlocuteur de Terry.

 Le gros de ce qui va suivre sera superflu pour ceux qui ont déjà eu de bons résultats, et certains détails pourraient ne pas être transposables dans des environnements différents, mais ici cela fonctionne. J’utilise comme substrat une combinaison de :

  • 3 volumes stérilisés de mélange commercial à semis (c.-à-d. la sorte de mixture fine, composée de perlite, vermiculite et tourbe, qu’emploient les cultivateurs de pétunias et de gueules-de-loup),
  • 1 vol. de perlite,
  • ½ vol. de terre de jardin passée au four, à chaleur moyenne, jusqu’à ce qu’elle se mette à sentir,
  • ½ vol. de pierre ponce fine ou de vermiculite (granulométrie 2-3 mm),
  • 1 vol. de sable horticole.

 Tamisez le mélange à travers un tamis à maille d’environ 3 mm. Le résultat devrait avoir une réaction légèrement acide et être en grande partie stérile. En cas de doute, cuisez l’ensemble. Je me sers de minuscules pots en plastique de 3 × 3 × 3 cm (de petits pots présentent des avantages certains car ils ne seront jamais saturés d’eau). Je couvre le fond d’une couche de quelques millimètres de pierre ponce, les remplis jusqu’au bord de mélange à semis, en finissant par du mélange très fin ; je tasse le tout légèrement et l’humidifie en profondeur avec le vaporisateur. L’humidification peut prendre 5 minutes ou plus.

 Je sème les graines, sans surtout les recouvrir, et sature les pots en les laissant baigner dans un baquet d’eau tiède du robinet, après avoir déménagé temporairement ma collection de grenouilles mécaniques. Je les pose ensuite sur un plateau, couvre l’ensemble d’un sac plastique et place le tout sous des tubes fluorescents ordinaires à 20 cm de distance. L’installation est placée dans une pièce maintenue à 18-21°C. Les lampes restent allumées 13 heures par jour. Je vérifie le niveau d’humidité matin et soir ; au moindre signe de dessèchement, je dois déménager à nouveau les grenouilles.

 Après cinq jours, je découvre les pots, qu’il y ait eu ou non germination. J’entame alors un régime de 3 vaporisations quotidiennes d’eau distillée et installe un ventilateur faisant souffler de doux zéphyrs dans la pièce. La levée se fait dans les 7-10 jours, le plus souvent de manière erratique – quelques plantules plus hardis que les autres dressent la tête, rejoints après coup par leurs frères plus timides et finalement il y a foule. À ce stade, j’introduis dans mes vaporisations une faible dose d’engrais. Je vaporise au moins deux fois par jour (Frank s’est doté d’un système de vaporisation automatique qui s’enclenche bien plus souvent) et je m’assure que les pots ne sèchent jamais franchement.

 Au moins pendant le premier mois, il est essentiel d’encourager la croissance la plus rapide possible. Les cotylédons de C. depressum sont extrêmement petits mais en deux mois, ils dépasseront la taille d’une tête d’épingle, s’ils sont nourris correctement. Si vous ne croyez pas à la fertilisation des semis, mettez de côté vos préjugés et tentez l’expérience une fois, ou partez avec un mélange plus riche.

 Je poursuis mon régime de fertilisation quotidienne aussi longtemps qu’il est utile. Les plantules d’un semis réalisé en décembre 1992 montraient leurs vraies feuilles de lentille au mois de mars suivant. En avril, je les déménageai pour les installer sur le sol frais de la serre. Ils se retirèrent dans leurs enveloppes de papier en mai, pour se réveiller dès juillet. Je les transplantai alors dans des pots de 10 cm, avec un fond de pierre ponce jusqu’à mi-hauteur (dans ces « grands » pots, il faut se méfier de la pourriture), et à raison de 25 par potée. Les plantes réagirent bien mais ne montrèrent pas de grande activité jusqu’en octobre, moment où elles commencèrent à se dissimuler sous leurs fleurs (elles continuent encore de fleurir en ce début décembre).

 Il faudrait ajouter que les mêmes techniques fonctionnent avec n’importe quel cono sensible – C. turrigerum, C. rugosum, etc. – et sont tout aussi efficaces avec les petits Tylecodon et Anacampseros, et tout particulièrement A. bayeriano. En d’autres termes, les installations électriques utilisées dans un environnement domestique créent de bonnes conditions, difficilement reproductibles dans une serre ordinaire. D’un autre côté, il faudra s’y méfier des chats (ou des lapins dans mon cas ; j’en ai eu une fois un gros spécimen, aux oreilles tombantes et nommé Fudgeberry, qui a visité mes lumières et mangé exclusivement les raretés, dévorant par exemple mes premiers C. blandum, qui étaient ainsi devenus plus rares que jamais !).

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Conophytum depressum subsp. depressum R&Y1806 (Rooiwal, habitat)

 Mais revenons à C. depressum pour cette fois-ci. Les formes « annuelles » comme les « vivaces » réagissent bien à une culture sous lampes, bien que les annuelles seront toujours plus petites et un peu plus fragiles à tous les stades. Pour être tout à fait exact, je devrais les appeler « quasi biannuelles », étant donné qu’elles meurent souvent après leur première floraison, qui a lieu à 1 ou 2 ans. Elles produisent aussi des fleurs moins engagées, qui s’en remettent souvent à l’autofécondation. Dans cette catégorie, je placerai (entre autres) les formes de :

Kamieskroon, Die Kruis, Witwater, Springbok et Kosies.

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Conophytum depressum subsp. perdurans MG.1411.15 (Rietfontein, habitat)

 Les formes « vivaces » [N.d.T. : décrites depuis comme Conophytum depressum subsp. perdurans] durent plusieurs années, forment un dôme à la C. stephanii et produisent des fleurs de très longue durée, qui exigent impérativement une fécondation croisée. Je ne connais cette forme que sur deux fermes adjacentes, Rietfontein (cf. ci-dessus) et Silverfontein, le même territoire occupé par les deux formes intermédiaires entre C. pellucidum var. neohallii et subsp. cupreatum. Une partie de ce complexe descend jusqu’à Rooifontein, si bien que je me demande si C. depressum ne pourrait pas y pousser lui aussi.

 

Steven Hammer, « The Great depressum », Mesemb Study Group Bulletin, vol. 9, n°2, 1994.
© Mickaël Legrand 2011, pour la traduction française.
Illustration composée spécialement, avec l’aimable concours de Chris Rodgerson.