Introduction aux aquariums biotopes « authentiques »

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Lorsque l'on maintient des poissons, on choisit généralement de le faire en aquarium communautaire ou en aquarium spécifique. L'aquarium communautaire, très pratiqué, est le bac généraliste où cohabiteront des populations de poissons d'origines souvent complètement différentes mais dont les comportements et les exigences vitales sont compatibles, sur un plan purement technique.
L'aquarium spécifique est un bac qui va être réservé à une espèce précise (d'où son nom), voire un groupe d'espèces. Il permet de caler au plus précis l'environnement de l'aquarium de manière à correspondre aux exigences de ces poissons-là. C'est un raffinement qui permet une meilleure maintenance quand il n'est pas indispensable dans le cas d'espèces solitaires ou agressives envers d'autres, ou encore dans le cas de reproductions délicates.

Et puis, il y a l'aquarium biotope qui est d'un certain point de vue un hybride entre les deux : on y maintient une communauté de poissons mais d'origine naturelle commune, dans un milieu qui cherche à reproduire fidèlement leur environnement sauvage. Comme pour le bac spécifique, on travaille la qualité de l'eau et le décor.
Dans les faits, les puristes préfèreront parler de bacs « géographiques » puisque la plupart des amateurs s'en tiendront à une enveloppe globale : on fera de l'amazonien, de la mangrove, de l'asiatique (cf. les livres de Hiscock, L'Aménagement d'un aquarium, De Vecchi, et de Scott, L'Éco aquarium, Bordas). La population de poissons sera ainsi originaire d'une zone géographique ou d'un type de milieu ; le décor correspondra à ce que l'on peut voir, entre autres, par là-bas, ou tout au moins l'idée qu'on s'en fait ; quant aux plantes, eh bien, on fait souvent comme on peut, avec ce qui est disponible sur le marché. En somme, c'est comme si l'on réalisait des bacs d'Alsaciens avec une petite réplique de Strasbourg, un bac Île-de-France avec une petite Tour Eiffel, etc. On est avant tout dans le symbolique. Faire autrement, beaucoup voudraient certainement mais l'obstacle essentiel se dresse là : le manque d'informations de terrain.

C'est là que se place la démarche d'un Heiko Bleher. Ayant découvert un très grand nombre d'espèces ou les ayant plus simplement observées dans leur milieu naturel, en notant tout scrupuleusement, il en est venu à disposer d'une documentation incomparable. C'est cela qu'il a employé pour réaliser notamment un certain nombre d'expositions internationales très remarquées et pour écrire le magazine électronique Les Biotopes de Bleher. Ce qu'il nomme des aquariums biotopes « authentiques ». Dans ces aquariums, les poissons retrouvent non seulement le type de roches, de sol, de bois qui prévaut dans leur habitat naturel, la végétation immergée qui y pousse lorsque c'est le cas, mais également les autres espèces avec lesquelles ils cohabitent à l'état sauvage, jusque dans leurs proportions. Comme il en établit le distinguo dans Discusbook 01 (p. 76), on reconstitue bien ici ce que l'on nomme biotope à proprement parler, une communauté biologique, alors que pour un aquarium spécifique on s'arrête à imiter l'habitat d'une espèce isolée.

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Cette philosophie de l'aquariophilie a déjà de quoi séduire dans l'esprit tous les passionnés soucieux de naturel mais a aussi, très pratiquement, sur les poissons des effets remarquables voire complètement bluffants, attestés par les différentes foules qui ont pu y assister. L'eau encore légèrement troublée par la fraîcheur de l'installation pour les expositions, les poissons (d'espèces souvent rares et exigeantes) adoptaient aussitôt leurs comportements naturels, des prédateurs pouvaient cohabiter avec des espèces vulnérables, quand certains poissons n'entamaient pas leur parade amoureuse ou même pondaient !

Un rêve éveillé, qui rapproche consciemment un peu plus l'aquariophile de ses poissons et de la vertigineuse complexité du monde vivant, plutôt que de l'entretenir dans l'illusion d'être un marionnettiste du vivant.

En attendant le livre Bleher's Biotopes annoncé mais qui se fait encore désirer en anglais (mais peut-être aussi en français) et au-delà du magazine électronique déjà cité, voire des descriptifs de bacs qui sont donnés sur le site Aquapress Bleher, le web offre déjà une documentation inespérée et incroyable sous forme de vidéos aquatiques d'amateurs prises en milieu naturel, et ce matériau brut, même s'il exige d'être analysé, est un complément voire un point de départ bien précieux pour se lancer dans ce que l'on peut appeler sans exagération une nouvelle ère de l'aquariophilie, non pas basée sur une innovation technologique mais une nouvelle philosophie.

© Mickaël Legrand 2013
© Toutes photos Aquapress Bleher