Le mythe de la pluviométrie moyenne
Joahn du Toit (2008)

Pleiospilos bolusii

Pleiospilos bolusii après la pluie, en milieu naturel

 

 Il est courant que les descriptions de plantes succulentes soient complétées par la précision de la pluviométrie moyenne dans leur milieu naturel. Dans des régions comme le Richtersveld et les déserts de la côte ouest, celle-ci dépasse par exemple rarement les 100 mm annuels. Une quantité que les lecteurs habitant des zones fortement arrosées auront tendance à imaginer uniformément répartie dans le temps et totalement disponible. Ils la diviseront alors par douze et administreront l’arrosage mensuel correspondant, qui leur fera perdre de nombreuses plantes par excès d’eau. Il pourrait donc être utile d’analyser le degré de disponibilité de ces précipitations pour les plantes. Quatre facteurs entrent en jeu.

 Comment pleut-il ?

Les pluies estivales surviennent habituellement à la faveur d’orages : elles tombent sur une courte durée et excèdent souvent les 50 mm, ce qui dépasse ce que le sol peut absorber. L’eau disposant de peu de temps pour pénétrer dans le sol, le ruissellement est d’autant plus considérable. Les pluies hivernales, plus douces, pénètrent bien plus complètement.

 Quand pleut-il ?

Dans la région où je vis (le Karoo du sud), la pluviométrie moyenne annuelle est de 162 mm. Les éleveurs de moutons avancent que s’il pleut au bon moment, 76 mm suffisent. Les périodes propices sont mai, juste avant l’hiver, et septembre, au début du printemps. Les pluies d’un hiver froid n’ont qu’une utilité limitée, si ce n’est l’alimentation des nappes phréatiques.

 L’état du sol au moment où il pleut

Si une nouvelle pluie survient alors que le sol est déjà saturé, elle ne bénéficie pas aux plantes. Et il en va de même avec une pluie de 4 mm ou moins sur un sol très sec.

 Qu’arrive-t-il après la pluie ?

Si un vent sec de deux jours succède à une pluie, il asséchera complètement la surface du sol, annulant la plus grande partie de son bénéfice. Le vent du nord-est qui souffle sur le Namaqualand est bien connu pour cela.

 Ce sont autant de raisons pour lesquelles certaines plantes succulentes disposent de mécanismes leur permettant une absorption maximale et une perte minimale ; et elles sont nombreuses à pousser sur un sol où la plus petite précipitation est exploitée. Les plantes vivant dans les fissures des dômes granitiques du Namaqualand utilisent ainsi la pluie, la condensation de la rosée et même la fonte des gelées.

D’autres poussent dans des cuvettes peu profondes, à fond rocheux. Dans les déserts de l’ouest, les plantes sont dépendantes du brouillard. Tout cela mis bout à bout, on a évalué que moins de 20 % des précipitations annuelles étaient disponibles pour la végétation.

Lithops elisae

Lithops marmorata var. elisae attendant la prochaine pluie

 Un autre aspect mal représenté par les statistiques est la durée des périodes de totale sécheresse. Si, dans une région recevant la moyenne annuelle de 100 mm, 50 mm venaient à tomber le 1er janvier et 50 autres mm le 31 décembre de l’année suivante, cette moyenne serait alors, sur le papier, réduite de moitié pour ces deux années mais, en pratique, les plantes se seraient retrouvées sans pluies pendant deux ans moins deux jours. Une famille de fermiers dans le Tankwa Karoo a enregistré la pluviométrie sur une période de soixante-dix ans. Depuis 1933, cette pluviométrie a été en moyenne de 62 mm par an. Sur cette soixante-dizaine d’années, on a compté huit périodes sans aucune pluie qui atteignirent l’année, tandis que les périodes de sécheresse de neuf mois furent fréquentes. Au cours de ces périodes, le brouillard était absent, la rosée très erratique et même les gelées furent rares. Pour les plantes, l’impossibilité de prévoir la prochaine pluie est par conséquent un point plus important que la pluviométrie moyenne à l’année. On peut ainsi présumer que les végétaux poussant dans ce genre de région disposent de mécanismes leur permettant de survivre à ces périodes de sécheresse.

 En somme, n’arrosez pas trop en vous fiant aux statistiques.

 

Johan du Toit, « The myth of average rainfall »,
Mesemb Study Group Bulletin
vol. 23, n°4, 2008.
© Mickaël Legrand 2011, pour la traduction française.
Illustration composée spécialement, avec l’aimable concours de G. Marx.