Sans jamais voir la lumière du jour
Johan du Toit (2004)

Fenestraria enterrée

Seulement un tas de sable ?

 

 « Encore après, j’ai remarqué que de minuscules semis, de la taille d'une pièce de 3 pences [≈ 15 mm], se trouvaient sous une pierre aussi large qu'une pièce d'un shilling [≈ 25 mm] ». Ainsi s’exprimait dans sa lettre à M.R. Brown, le receveur des postes de Pofadder, E.R. Fuller (cité dans le MSGB 14, 3), pour évoquer une plante que nous connaissons sous le nom de Dinteranthus microspermus. Cette même espèce qui sur une ferme d’Achab me fit découvrir à mon tour les plantes qui existent sous les pierres et me convertir au retournement chronique de ces dernières.

 Les plantes de la famille des Mésembryanthémacées peuvent en effet être trouvées totalement ensevelies à l’occasion de trois concours de circonstances. Lorsqu’elles poussent dans du sable meuble ou dans de la quartzite fine, susceptibles d’être soufflés par le vent ; lorsque les graines germent accidentellement sous des pierres ; et enfin, lorsque les plantes semblent purement et simplement préférer une position souterraine permanente.

 Un bon exemple du premier type est Fenestraria. Lors de deux visites à Port Nolloth en vue d’observer F. aurantiaca, je trouvai des centaines de plantes avec des milliers de feuilles. Lors de deux autres visites aux mêmes endroits, je ne parvins plus à en trouver une seule. Elles avaient été entièrement recouvertes par les sables de dune blancs dans lesquels elles poussaient. Une simple phase d’un cycle naturel, qui selon toutes apparences ne porte pas préjudice aux plantes.

Fenestraria exposée

Fenestraria aurantiaca en phase de surface

J’ai vécu la même chose avec Lithops herrei, L. julii et L. localis, ainsi qu’avec de nombreux conophytums vivant dans des plaines de quartzite fine. À la manière de ces nombreuses histoires de personnes ayant traversé des océans avec des instructions détaillées sur certains sites et n’ayant jamais rien trouvé.

 La plante que Fuller évoquait dans sa lettre poussait elle sous une pierre pour des raisons différentes. Les dinteranthus vivent dans des zones plates où le quartz est grossier et parsemé de pierres de la taille d’un poing. Seul D. vanzylii semble préférer des matériaux plus fins. Sous ces pierres relativement grosses, existe un milieu de germination idéal, aux températures plus tempérées, qui peuvent marquer jusqu’à 5°C de moins et où l’humidité est conservée, et cela pendant assez longtemps. Le plant de dinteranthus finira par renverser sa pierre et se développera comme une plante normale. Je n’ai trouvé parmi ces plantes aucun spécimen qui aurait présenté des feuilles plus allongées que la moyenne et j’en déduis que les plantes incapables de soulever le poids de leur pierre ne survivent pas. Chez le groupe ophthalmophyllum du genre Conophytum, le mécanisme est différent. Ces plantes souples peuvent soulever une pierre de la taille d’une balle de golf, mais si cette dernière est plus grosse, elles allongeront leurs feuilles jusqu’à pouvoir permettre à leurs fleurs d’être pollinisées. Dans cette situation, C. friederichiae est vert vif et ne présente pas sa ponctuation brune caractéristique : il ressemblera alors tout autant à des C. lydiae ou C. longum ayant poussé dans les mêmes conditions. Je suspecte également C. verrucosum, un autre amateur de quartz, de pouvoir présenter la même apparence s’il pousse ainsi.

 Dans le troisième groupe, les plantes demeurent en permanence sous une fine couche de quartz et semblent se satisfaire pour survivre de la seule lumière qui filtre à travers. Dans les montagnes de quartz du Bushmanland du nord se trouvent des zones connues sous le nom de « stoeppe » (sols vérandas) par les fermiers. Il s’agit de pentes douces situées sous des rochers massifs ou des crêtes. Immédiatement sous ces rochers, le quartz est grossier et en couches profondes ; plus bas, il est plus fin, d’une épaisseur de seulement 30 mm environ et sa surface est plus plane. Dans ces zones basses, j’ai observé de nombreux L. marmorata en fleurs ; des plantes à peine visibles en temps normal, à mon retour sur la zone. J’en conclus que les plantes étaient complètement recouvertes le plus clair du temps, et ne cherchaient pas à s’exposer au soleil, préférant la strate inférieure, sous la quartzite ; seul le souci de fécondation leur faisait pousser leurs fleurs à travers.

Lithops marmorata habitat

Lithops marmorata sous ses tessons de quartz

 Je délimitai deux zones distinctes de 1 mètre carré chacune et les « nettoyai » jusqu’à atteindre la surface de la terre. Alors que seulement quatre plantes se montraient en cette période hors floraison, l’opération en exposa 44, soit exactement 22 sur chaque carré. (Merci d’accepter ces chiffres et de ne pas reproduire vous-même l’expérience, car malgré toutes mes précautions, 5 jeunes plants furent arrachés et même s’ils furent aussitôt replantés, leur espérance de vie était réduite.) En raison de la faiblesse de la pente, l’écoulement de l’eau est lent et la fine couche de quartz fournit un bon endroit pour germer, aux températures basses et au sol humide. Aucune compétition végétale n’est observable et le relief de l’endroit protégeait les plantes du soleil pendant une partie de la journée. Dans les zones supérieures, la couche plus épaisse empêchait la lumière de pénétrer et un nettoyage ne révéla aucune plante.

 

Johan du Toit, « Never to see the light of day »,
Mesemb Study Group Bulletin vol. 19, n°3, 2004.
© Mickaël Legrand 2011, pour la traduction française.
Illustration composée spécialement,
avec l’aimable concours de G. Marx et A. Young.